mardi 13 janvier 2009

Nouveau livre


“Tout'moun, tout'lè, tou' long” est un nouvel ouvrage rassemblant plus 100 photographies (couleur et noir et blanc) que j'ai réalisées pour Toyota.

À paraître en mars 2009, ce livre de 104 pages (format 30 x 22,5 cm) sera imprimé selon les nouvelles technologies Staccato sur papier Frelife Aroma 215 g, aux normes FSC.

Il sera postfacé par Guillaume Pigeard de Gurbert :

“Par la magie de l’imagerie publicitaire, la voiture apparaît désormais comme la déesse (DS) des temps modernes. Avec ses photos réalisées pour Toyota, Jean-Luc de Laguarigue nous dit de cette mythologie de l’automobile deux ou trois choses qu’il sait d’elle. Ses appareillages photographiques sont comme de juste automobiles en cela qu’ils mettent non pas le mouvement ni l’action, mais le temps dans la photo en provoquant une circulation entre les images. Le paradoxe est qu’il ait d’abord fallu immobiliser par la photo ces automobiles pour qu’elles n’avalent plus de kilomètres mais entament un tout nouveau voyage, non plus dans l’espace, mais dans le temps…”



samedi 18 octobre 2008

De la beauté du monde…

Voici quelques images inédites qui complètent la série sur les Sablières de Fond Canonville. Entre rêve et réalité,


surface ou fond marin,


voyage lunaire ou imaginaire — peu importe ce que vous déciderez —,


elles m'apparaissent comme autant de portes ouvertes


sur la beauté du monde


et ses mystères.



samedi 28 juin 2008

Art Absolument

Dans son 25e numéro, le magazine Art Absolument consacre 32 pages à la création contemporaine à la Martinique.


On peut y découvrir 13 plasticiens de l'île,


ainsi qu'un texte de Dominique Brebion et deux entretiens, celui de Yves Jégo (Secrétaire d'État chargé de l'Outremer) et celui de Bernard Hayot, Président de la fondation Clément.

À noter également, l'éditorial “très punchy” de Pascal Amel et Teddy Tibi. Nous ne pouvons que les remercier pour leur initiative


… et l'intérêt qu'ils portent à notre pays.

vendredi 13 juin 2008

Histoires de sable

Pouzzolane, voici un joli nom, très poétique. Que désigne-t–il ? Du sable volcanique, ici, au pied de la Montagne Pelée, à côté du tombeau des Caraïbes, aux sablières de Fond Canonville — autre merveille d’association de mots.


Un simple écriteau sur un tas de graviers a suffi à me séduire : tout est parti de là. Je m’y suis projeté comme dans un désert d’étoiles. J’y ai vu un monde en création, une plongée en apesanteur pendant laquelle, à chaque respiration, le paysage se mouvait et changeait.


Je voyais les ouvriers, leurs tenues bleues, leurs casques sur la tête, à la fois statiques et toujours en mouvement dans de superbes camions tatoués de couleurs vives, comme la projection en trois dimensions — pour un temps photographique — d’un film de science-fiction.


Il peut être curieux de parler ainsi d’un site industriel, qui produit (et œuvre) avec toutes les contraintes que cela impose… mais peu m’importe, la beauté est sans frontière.


À la demande de son directeur, Stéphane Abramovici, j’ai eu la chance de m’y rendre souvent ces dernières années pour suivre l’évolution du site.


J’ai toujours aimé les industries, les machines — signe du génie humain — et ce qu’en font les hommes.


Ce travail, dont vous venez de découvrir quelques extraits en avant-première, sera présenté en exposition photographique du 4 juillet au 31 août au CDST, à Saint-Pierre de la Martinique.


PS. Les sablières de Fond Canonville, à Saint-Pierre de la Martinique, sont spécialisées depuis trente ans dans la production et l’acheminement d’agrégats de construction. Aujourd’hui, l’entreprise emploie une trentaine de professionnels et met au service de ses clients régionaux et internationaux toute son expérience et son savoir-faire, ainsi qu’une qualité de matériaux de haut niveau.

samedi 31 mai 2008

Ma découverte de Césaire

Voici le texte de mon témoignage concernant ma découverte de Césaire, que j'ai lu pendant la séance organisée par Louise Hardwick (Portraits d'Aimé Césaire) le 7 mai dernier à la Semaine de la Martinique à Oxford… ainsi que quelques photos prises sur le vif durant ces quelques jours.


Je suis né en 1956 dans une famille de colons implantée à la Martinique depuis la fin du 17e siècle. À cette époque, la Martinique connaissait une situation postcoloniale.


Jusqu’à la fin des années 60, il était fréquent de voir dans les campagnes, des familles vivant dans des cases rudimentaires “en bois ti’baum”, avec un sol en terre battue, une simple lampe à pétrole pour s’éclairer et une vieille bonbonne, ayant déjà servi à l’importation de diverses marchandises, en guise de système d’eau courante.

Les rares publicités vantaient alors les produits de beauté destinés aux blancs et le catalogue de la Redoute incitait à l’achat de produits inadaptés à nos régions…

La société d’habitation vivait ses derniers soubresauts structurels. Il faut comprendre que chez nous, “société d’habitation” définit un système particulier qui a été à la base de toute l’économie des Amériques. Issue directement de l’esclavage, “labitation” regroupe autour des terres agricoles (les champs de cannes à sucre) la maison de maître, la distillerie et les cases pour le logement des ouvriers (espace qu’on appelait “rue case nègres”). Et l’on pouvait encore, dans les 10 premières années de mon existence, sentir toutes les empreintes de ce système.


Aujourd’hui, d’ailleurs, ce système de caste est toujours très présent. L’héritage historique est si fort qu’il conditionne les rapports humains et les mentalités de toute la société martiniquaise.

Ma famille possédait en ce temps-là une propriété près de Fort-de-France, La Dillon, et produisait le rhum éponyme. Mon arrière grand-père, mon grand-père, mon père et mon frère aîné s’y sont succédé. Aujourd’hui, il ne subsiste que le nom d’un quartier et une distillerie sans machine, qui ne “fume” plus.

Enfant, mes premiers camarades furent des fils d’ouvriers et, s’il me semblait percevoir à ce jeune âge des différences sociales — par exemple, l’eau que les enfants allaient prendre dans un sceau à la fontaine pour les besoins domestiques, ou le fait qu’un enfant, rentrant de l’école, au lieu de faire ses devoirs, devait prendre soin du petit élevage (bœufs, moutons, cabris) que possédait sa famille —, je ne crois pas que je faisais de différence de couleur de peau.



Il m’arrivait fréquemment de voir des petites filles noires jouer et coiffer des poupées blanches, ou d’autres enfants, curieux de mes cheveux, me demander s’ils pouvaient les toucher… Comme la cuisine, chez ces ouvriers, se préparait parfois au feu de bois, je rentrais souvent à la maison imprégné de l’odeur de cette fumée.

En grandissant, je constatais que si les jeux m’étaient autorisés dans la cour à cannes (un lieu en revanche interdit à mes sœurs), aucun enfant noir n’était autorisé à franchir le seuil de la maison. De même, à l’école, bien que nous étions tous mélangés et que nous parlions tous le créole, les amitiés et la camaraderie s’arrêtaient une fois la porte de l’école franchie.

Nous vivions comme toutes ces familles “békés” qui se suffisaient à elles-mêmes et dans lesquelles, par exemple, il était d’usage pour chaque événement de se recevoir essentiellement entre cousins et cousines. Les parents étaient ainsi rassurés par le fait que chacun des enfants en présence était issu d’une lignée généalogique parfaitement identifiée. Et de fait, si dans telle branche on savait qu’il y avait eu du sang noir, la relation devenait plus difficile, pour ne pas dire inconcevable.


Je ne me souviens pas avoir jamais vu à la table de mes parents un invité d’une couleur autre que la nôtre. Seuls les domestiques, chauffeurs et jardiniers étaient noirs, ainsi que ma da. La classe sociale se confondait avec la race.

La da, aux Antilles françaises, est une nourrice : c’était une femme d’instruction qui secondait la mère pour l’éducation quotidienne des enfants. Elle était chargée de veiller à la bonne exécution des tâches des uns et des autres. Elle avait à notre égard une tendresse et une affection sans égales et beaucoup d’entre elles, longtemps, ont ainsi passé plus de temps à s’occuper de la marmaille des blancs que de leurs propres enfants.

Césaire était alors maire de Fort-de-France. Je ne comprenais pas très bien ce qu’il faisait mais, dans ma vision d’enfant, par ce que j’entendais de lui, il appartenait évidemment “au camp des méchants”. Il était celui qui allait faire saisir les terres, qui serait contre le développement de tel ou tel projet… En résumé, lui et son entourage proche étaient des “bouffeurs de béké”. Cette expression, que j’ai si souvent entendue, signifiait tout simplement que tout noir ainsi qualifié était un raciste anti-blanc. En fait, Césaire était craint et faisait peur : je n’entendais pas parler de lui comme un homme de bien.



Dans le même temps, se développait à la Martinique des mouvements de contestation noire. La phrase : “je suis noir et fier de l’être” revenait comme un leitmotiv. Je ne la comprenais pas. Et quand je demandais autour de moi : “mais pourquoi ne dit-on pas également je suis blanc et fier de l’être ?”, j’avais pour toute réponse : “parce que les nègres sont complexés et qu’il ne peuvent se défaire de ce complexe”. Voici donc ce à quoi je n’avais jamais pensé : les nègres sont complexés, sans aucune raison extérieure — en somme, c’est chez eux un état naturel.

Mais je percevais en moi un mal-être indéfinissable, qui peu à peu montait et m’étouffait. Une cassure inexplicable avec le monde extérieur.

À ce moment-là, la littérature est en partie venue à mon secours. Nous n’avions pas de télévision chez nous et notre seule échappée était la lecture. D’ailleurs, mes parents m’y incitaient et nous ne manquions pas de livres.

C’est ainsi qu’un beau jour, j’ai découvert dans la bibliothèque un volume intitulé “Les armes miraculeuses” d’Aimé Césaire. Je n’en suis pas revenu : était-ce bien le même homme dont j’entendais parler ? Était-il possible qu’un nègre fut poète au même titre qu’un Baudelaire ou un Rimbaud ?



Le choc passé, ma déception fut grande. Je ne comprenais rien à ce que je lisais, aucune émotion ne me venait. Tout cela me semblait hermétique et bien loin de ce que je croyais être la poésie.

Autour de moi, quand je questionnais pour essayer de comprendre, j’avais à peu près les mêmes réponses : “le nègre est complexé et pour montrer son savoir, il faut qu’il utilise des mots oubliés et perdus que personne n’utilise plus” ou encore, “Césaire ? mais voyons, c’est illisible”.

Une fois cependant, la sœur aînée de mon grand-père, qui s’intéressait à la poésie, me dit : “Si Césaire est un mauvais maire, il restera un grand poète et tu apprendras à le découvrir plus tard. Pour le moment, tu es peut-être un peu trop jeune pour le lire.”

J’ai quitté la Martinique pour la première fois de ma vie à 18 ans, afin de venir étudier à Paris. Je dois avouer que le changement a été brutal… mais que je me suis très vite adapté !


Un vent nouveau de liberté a alors soufflé sur ma vie, et la distance avec la Martinique s’est faite de plus en plus grande. Il me paraissait désormais impossible de revenir vivre dans cette île. La cassure fut telle, que je rompis toute relation avec mes anciens camarades, ne voulant plus garder aucun lien avec cette “chose dont j’avais honte” : honte d’être né dans ce pays où je me sentais “étranger en terre lointaine”, honte d’être issu d’une société qui ne me convenait plus.

Pendant longtemps, quand on me demandait d’où je venais, je répondais “de Paris”, en oubliant que mon accent trahissait instantanément mon mensonge…

Ces dix années passées en France m’ont ensuite fait prendre conscience, à travers les questions que l’on me posait, et par mon incapacité à y répondre, que je ne connaissais rien du pays d’où je venais, de son histoire, de sa culture. Bien que né dans une famille qui produisait du rhum depuis plusieurs générations, je ne savais répondre à aucune question concernant sa fabrication…

Peu à peu, il m’apparut comme une évidence que je fuyais la Martinique par tous les moyens possible.

C’est donc à 28 ans que je pris la décision d’y retourner avec, au fond de moi, le désir secret de pouvoir y mener un projet photographique. J’entrevoyais par là, l’opportunité de reconquérir tout ce que j’avais manqué.



Une fois installé aux Antilles, il m’a encore fallu huit années avant de pouvoir me mettre à mon compte et de trouver la force d’utiliser la photographie comme le moyen d’expression qui m’aiderait à me débarrasser de mes complexes identitaires.

Ces huit années préalables ont pourtant été bénéfiques. Bien que ne réalisant pas encore de photographies, j’étais — si je puis dire — dans le ferment, et la littérature créole naissante m’ouvrait de nouveaux espaces de liberté. Si je m’enrichissais de livres d’histoire, les œuvres d’Édouard Glissant et de Patrick Chamoiseau devenaient mes livres de chevet, mon ouverture au monde, et la poésie de Césaire, enfin accessible, “mes armes miraculeuses”.

Il s’est vraiment passé ceci : plus je m’ouvrais à la littérature de ce pays, plus la poésie de Césaire me devenait claire, éclatante, simplement magnifique, fulgurante et musicale.

Je la trouvais infinie, chaque lecture devenait comme nouvelle et m’offrait davantage de perceptions. J’y découvrais aussi un grand sens de l’humour et de la dérision.

Son calendrier lagunaire (J’habite une blessure sacrée / J’habite des ancêtres imaginaires / J’habite un vouloir obscur / J’habite un long silence) est ainsi à la source de nombreux de mes portraits.

De même que les “belles mains qui pendent des fougères et agitent des adieux que nul n’entend” (Spirales, p. 306).



Ou encore : “un morceau de lumière qui descend / La source d’un regard / L’ombre jumelle du cil et de l’arc en ciel sur le visage” (La femme et la flamme, p. 264).

Césaire est et restera pour moi une vraie source d’inspiration. Je suis particulièrement heureux de l’avoir lu de son vivant, et surtout, d’avoir compris son combat : “qu’un homme était là / et qu’il a crié / en flambeau au cœur des nuits / en oriflamme au cœur du jour / en étendard / en simple main tendue / une blessure inoubliable”.

Et c’est une chance inouïe, car il s’en est fallu de peu pour que, comme la Martinique, je le rate à jamais.


vendredi 25 avril 2008

Semaine de la Martinique à Oxford

J'ai le grand plaisir d'être invité à la semaine de la Martinique, organisée par Guillaume Pigeard de Gurbert et Richard Scholar (en collaboration avec Louise Hardwick) à la Maison Française d'Oxford. L'événement se déroulera du 7 au 9 mai prochains…


La première séance aura notamment pour thème “Portraits d’Aimé Césaire (1913-2008)”.
Je suis vraiment enchanté de participer à cette nouvelle aventure, qui se donne pour (noble) but de mettre la prestigieuse ville d'Oxford à l'heure de la culture martiniquaise — et qui se conclura par une conférence de Patrick Chamoiseau.

lundi 21 avril 2008

Dernier adieu à Césaire

Les manifestations d'hommage à Aimé Césaire ont été remarquablement organisées. Nous avons vécu et partagé, dans la dignité et la ferveur, une véritable émotion.

Le jour des funérailles, la lecture des textes orchestrée par Daniel Maximin a été un moment inoubliable. Par leur parole et leur force, les artistes qui l’accompagnaient (ainsi que Pierre Aliker) ont lavé toute la “récupération scandaleuse” et les nombreux “faux hommages” qui naissaient autour du poète et de son action politique. Ces derniers jours en effet, on a pu assister à un surdimensionnement de l'égo et du “JE” politique dans le discours ambiant, où Césaire devenait pour ceux qui l’évoquaient une manière de parler de soi sans pudeur.

Comme image de tous ces moments, je ne garde que celle-ci.


Un enfant avait fait tomber de l’autre coté de la barrière le programme du parcours “Dernier Adieu à Césaire”, sur lequel était imprimé le poème “Parole due”. En le ramassant et avant de le rendre, cet homme lui a dit ceci : “Gardez-le précieusement et lisez-le souvent, à chaque âge. Vous découvrirez toujours, dans un poème que vous pensiez connaître, quelque chose de nouveau que vous n’aviez pas perçu auparavant. Ainsi, sa lecture est infinie et toujours renouvelée”.