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dimanche 22 mars 2026

Note sur le portrait de M. Lesdéma Roger, dit Delan.


M. Lesdéma Roger, dit Delan
© jeanluc de laguarigue

En 1998, un casting avait été lancé pour une publicité mettant en scène, pour une marque de sirop, un ancien ouvrier de la canne. C’est ainsi que je fis la connaissance de M. Lesdéma qui s’étant présenté m’a raconté son histoire. Il avait connu mon grand-père, Louis de Laguarigue, et avait travaillé à l’usine du Galion alors qu’il en était directeur.

Son propos s’inscrivant dans le projet du travail mémoriel que j’avais entrepris avec la photographie, et touché par sa volonté de transmettre quelque chose de lui, je lui ai proposé de retourner sur les lieux de son ancienne activité, à l’usine du Galion, pour y réaliser son portrait. Ce jour-là, il avait revêtu son plus bel habit, son « complet du dimanche », fier d’être photographié, fier peut-être d’être reconnu pour sa vie et son travail par le petit-fils de celui qui l’avait autrefois employé.

Voici ses mots tels qu’il me les a laissées :

« Je me présente : je suis M. Lesdéma Roger, dit Delan. Depuis ma naissance en 1921, je vis à Trinité , à l’âge de 14 ans (1935) je fus employé à l’usine du Galion jusqu’en 1939, année où, pendant la Seconde Guerre mondiale, j’ai été incorporé jusqu’en 1941. À mon retour, à l’âge de 24 ans, j’ai repris mon poste à l’usine du Galion. J’ai exercé divers métiers dans les différents services, avant de devenir manutentionnaire jusqu’à mes 61 ans.

Aujourd’hui, je suis retraité. Le 2 janvier 1999, j’aurai 80 ans.

Je vais vous parler de l’usine du Galion, telle que je l’ai connue, à travers mes souvenirs et mes notes.

L'usine du Galion vue de la trace menant à labitation
© Archive familiale
L’usine sucrière du Galion (créée en 1865) est située sur le domaine de Grand-Fonds, à Trinité, que l’on surnommait « Consore Boujino ». Elle était dirigée par Louis de Laguarigue (directeur général) et M. Blesmond (administrateur).

Autour de l’usine, on comptait 11 habitations, dont le Grand Galion, où résidait le directeur général dans la maison de Maître.

Les 11 habitations étaient également gérées par l’administrateur Blesmond . Parmi elles :

10 étaient dédiées à la plantation de canne à sucre.
1 était réservée à l’élevage (chevaux, mulets, etc.).
Chaque habitation était dirigée par un « géreur », un économe et cinq commandeurs.

En voici la liste :

  1. Grand Galion (les patrons)
  2. Desmarinières (d'où l’administrateur donnait des ordres aux géreurs)
  3. Duferet
  4. Fond Galion
  5. Grand Fond
  6. Petit Galion
  7. Bord de mer dit « Poto »
  8. Beauséjour
  9. Spoutourne
  10. Malgétout
  11. Gachette, ou se faisait l’élevage des bœufs, mulets, Chevaux.

La canne était acheminée vers l’usine par wagons tirés par une locomotive pour les habitations proches (Grand Galion, Desmarinières, Duferet). Pour les autres (Bord de Mer, Beauséjour, etc.), le transport se faisait à l’aide de la « pétrolette » jusqu’à l’usine.

Les locomotives étaient encore en activité jusqu'en 1963
© Archive droit réservé

© Image d'archive, transport par cabrouets
Pour la période de récolte : Deux coupeurs de canne formaient 25 bottes de cannes.
Chaque paquet avait 10 bouts d’un mètre.
Les « cabouretiers » ramenaient la canne aux hangars, où les « vagoniers » la chargeaient dans les wagons. Les muletiers en faisaient de même, et la machine à vapeur (locomotive) les ramenait à l’usine.
La canne passait à la balance avant d’être dirigée vers l’usine.
Une fois déchargée au train de broyage, elle tombait dans un moulin à canne, où elle était broyée pour en extraire le jus. Après trois passages dans les moulins, la canne devenait de la bagasse.
Le jus était mélangé à de l’eau, du soufre et de la chaux, puis envoyé à la cuisson. Une partie était transformée en sirop, l’autre en sucre.
La mélasse était stockée dans des citernes pour la fabrication du rhum. Après fermentation (15 jours), elle était distillée dans des colonnes à vapeur.

Usine du Galion, cuve de fermentation
© jeanluc de laguarigue

Avant la loi de 1935, les employés travaillaient de 6h à 18h. Après l’instauration du Front populaire, le temps de travail a été réduit à 48 heures par semaine, avec deux quarts pendant la récolte (6h-14h,14h-22h &22h-6h).

Vers les cases des travailleurs, le Galion 1974
© jeanluc de laguarigue
Je me souviens de la Forge composée d’ouvriers, d’ajusteurs, de tourneurs chaudronniers, de forgerons, charpentiers, maçons et manutentionnaires. Je me souviens du bateau « Isabel » qui nous ramenait les matériaux provenant de Fort-de-France. Pour une raison que j’ignore ce bateau a coulé un dimanche de juillet 1967. Deux camions surnommés « Bernard » conduit par Pierre Leocade et Maurice St-Félix prirent le relais.

À l’usine il y avait M. Montabel qui avait sous sa responsabilité les contremaîtres. Jean Guillaume était chimiste et chef de la fabrication, Michel Sanblona aide chimiste, responsable des échantillons (jus, sucre, rhum). Pour les analyses il y avait Édouard Fubleuille responsable des degrés des échantillons.

Je me souviens que le directeur venant toujours de la maison de Maître prenait par la grande allée dans son Tilbury qui allait être abandonné bientôt par l’automobile tandis que l’administrateur et en particulier M. Blesmond venait encore à cheval au seuil des années 60. »

Mon grand-père en partance pour l'usine, Montlouis le cocher vers 1938
© Archive familiale

Mon grand-père et Évrard sur la plantation, le Galion 1958
© jean de laguarigue

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Épilogue

Dans mes jeunes années — jusqu’à mes 8 ans (1964) ou je reçus mon premier appareil photo un Kodak  Brownie Starlet, on voyait encore dans les champs de cannes qui bordaient l’allée centrale menant vers la « grande maison » des cabrouets, charrettes chargées en cannes tirés par 2 bœufs, livrant leur chargement à l’usine. Un jour ma mère me dit : « toi qui aimes la photo tu devrais les photographier, cela disparaîtra ».

À cet âge l’idée qu’une chose puisse disparaître m’était inconnue.

La phrase fut néanmoins décisive et ne m’aura jamais quittée... Écoutant M. Lesdéma elle me revint avec acuité, et maintenant que j’atteins l’âge du tri j’ajoute ce témoignage à mes archives de photographe afin d'exprimer que chaque portrait est, pour moi, l’essence d’une vie précieuse qui réclame simplement ce auquel elle a droit : partage et dignité.


M. Lesdéma Roger
© jeanluc de laguarigue

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Autour des plantations du Galion, quelques paysages


Plantations du Galion, 1998
© jeanluc de laguarigue

Bord de mer, fin de récolte, le Galion 1969
© jean de laguarigue

Récolte plantation du Galion 1998
© jeanluc de laguarigue

Récolte plantation du Galion 1998
©  jeanluc de laguarigue

jeudi 16 avril 2020

La Martinique d’autrefois vers 1900-1920

Fort-de-France, vers 1910
Manège, Chouval bwa
Vente de poteries. (Attribué au marché de la place Bertin avant 1902)
Marin, rue du précipice vers 1920

Faites sur des plaques de verre ces photographies sont des copies (réalisées à la même époque) et destinées à la projection. Pour rendre le spectacle plus attrayant elles étaient, à l’aide de différents vernis, coloriées à la main. Leur mauvaise conservation, à la Martinique, m’a obligé à intervenir sur les nouvelles copies pour y apporter quelques retouches numériques.









vendredi 10 avril 2020

Vestiges de la distillerie Courville,1995.


Maintenant il n’en reste rien, pas même une pierre, sauf quelques sels d’argent.

"Le pied sur le seuil il demeura encore un instant dans une scène qui s'évanouissait...
Déjà, il le savait, jetant un dernier regard par-dessus son épaule, c'était devenu le passé. "

jeudi 26 mars 2020

Le temps d’avant : les boutiques de quartiers


Ces photos de la Martinique datent, pour la plupart, des années quatre-vingt-dix.

La Mondialisation n’avait pas encore totalement passé son rouleau compresseur, les petites boutiques, Débit de la Régie et autres commerces de quartiers participaient au lien social et Le franc était toujours de mise.

Dans quelque campagne reculée ; ici ou là ; on peut parfois croiser une dame, derrière son comptoir, offrant à de rares visiteurs un choix de plus en plus restreint ou même le pain n’est plus gardé que pour une dizaine d’habitués…

Pour ma part, « je vis encore avec ces songées : elles ressuscitent une existence de travail et surmontent ma mémoire… »