mardi 29 octobre 2019

Mémoire-miroir d'enfance 2019-1

Martinique années 40.
Ramassage d’écrevisses dans la digue de la Dillon.
Celle-ci servait de réserve d’eau pour l’alimentation des chaudières de la distillerie. La digue se remplissait par le canal de la rivière Monsieur et pouvait parfois être trop chargée en boue. Une à deux fois par an elle était vidée pour curage, ce rituel devenait une fête et rassemblait le voisinage pour le ramassage des écrevisses. J’ai connu cela jusqu’à la fin des années soixante. Ce que vous voyez derrière est le Morne Dillon, aujourd’hui totalement construit.


La photographie précédente a été prise depuis la fenêtre du premier étage de la maison d’habitation que l’on voit sur l’image ci-dessous, datée de 1917. Cette maison, construite en remplacement de celle détruite par l’ouragan de 1898, vient de la ville de Saint-Pierre. Démontée planche par planche, puis remontée à la Dillon, elle fut ainsi sauvée de la catastrophe de 1902.


Ici sur une photographie peinte des années 30, on découvre un autre point de vue de la digue, l'amorce du verger et au fond la cheminée de la distillerie. C'était encore la campagne et la ville était loin.


jeudi 17 octobre 2019

Chris Jordan, Photaumnales à Beauvais. (Article Télérama).

Chris Jordan,Midway: Message from the Gyre, 2009.

Ce voyageur ailé qu’on ne reconnaît pas, gisant mort sur le sable, c’est un albatros, ou plutôt un jeune albatros : quelques plumes éparses, des os blanchis par l’action conjuguée du soleil et du sel, et beaucoup de plastique. Cette image fait partie d’une série réalisée par le photo­graphe Chris Jordan dans l’atoll de Midway, une fine bande de corail et de sable au milieu du Pacifique Nord, entre Amérique et Asie, devenu un véritable cimetière pour ces oiseaux, jadis fous d’azur.
Ce sont ses parents qui l’ont empoisonné. Vastes oiseaux des mers, ils rapportent à leur progéniture briquets, bouchons, brosses à dents… qui flottent à la surface de l’eau.
Chris Jordan prend bien soin de ne rien modifier de ce qu’il découvre sur place, de ne rien déplacer ni rien ajouter à cette terrible réalité. Des dizaines de milliers de ces jeunes oiseaux meurent chaque année dans ce petit archipel. La démarche de photographe est militante et tend à dénoncer les travers de la société de consommation dans chacune de ses créations.
Au large de l’atoll, les courants tournants et les vents créent un piège dans lequel se retrouve une immense quantité de rejets. Cette plaque de déchets ou vortex d’ordures, qui double tous les dix ans et atteint au­jourd’hui une superficie supérieure à celle de la France, ne condamne pas que les oiseaux. Sa dégradation formant un substitut au zooplancton, elle empoisonne les organismes marins et fragilise la biodiversité. Seul un changement radical de nos comportements pourrait les sauver. 
Le travail de Chris Jordan est présenté dans le cadre des Photaumnales de Beauvais où une quarantaine de photographes dénoncent les dommages causés par l’activité humaine. Des images saisissantes d’inventivité. 

Retrouvez dans Télérama et sur telerama.fr la critique de Luc Desbenoit.


À voir: Terra Nostra, le temps de l’anthropocène, 16e édition des Photaumnales, Beauvais (60), jusqu’au 5 janvier. Entrée libre. Rens. : 03 44 15 67 00. ©Chris Jordan