mardi 15 avril 2008

Bien Aimé Césaire

Blues de la pluie

Aguacero
beau musicien
au pied d’un arbre dévêtu
parmi les harmonies perdues
près de nos mémoires défaites


parmi nos mains de défaite
et des peuples de force étrange
nous laissions pendre nos yeux
et natale
dénouant la longe d’une douleur
nous pleurions.

(in Cadastre, éditions du Seuil)

lundi 7 avril 2008

Expo Toyota Martinique

Voici le discours que j'ai prononcé le 3 avril au vernissage de l'exposition “Tout moun, tout lè, tou long', Toyota”, accompagné de quelques photos prises sur le vif et de deux articles de presse.

“Mesdames, messieurs, chers amis,

Merci infiniment pour votre présence.
Je voudrais, en premier lieu, remercier toutes celles et ceux qui ont bien voulu m’accueillir chez eux, dans leur activité journalière et qui m’ont accordé le temps nécessaire aux prises de vue.

En prêtant vos visages à ce projet, vous avez, de fait, accepté le jeu de la réciprocité sans lequel aucun échange véritable n’existe. Il ne m’est pas possible de nommer chacun de vous en particulier mais, dans cette exposition qui est la vôtre, vous vous reconnaîtrez dans la beauté, souvent cachée, du quotidien.


— Je tiens aussi à remercier Thélus Théga qui m’a accompagné partout et qui m’a ainsi grandement facilité la tâche. C’est la première fois que j’ai eu l’opportunité de travailler avec un guide. Grâce à lui, les contacts ont été plus faciles et, par sa grande connaissance du pays, les rencontres bien plus rapides.

Au cours de ces quatre mois passés ensemble, j’ai pu découvrir et apprécier – en plus de sa perpétuelle joie de vivre – les qualités rares et précieuses de sa personnalité : sa curiosité du monde, et son sens aigu du partage et de la fraternité.

— J’aimerais également remercier LagencedeCom, et plus particulièrement François Brichant, pour son soutien et son enthousiasme permanent quant à la réalisation de ce projet.

— Merci à Valéry Donce de Style et Création qui a pris en charge l’encadrement des images, et à Florence Edmond pour son magnifique travail sur la scénographie de cette exposition.

— Et puis, merci à la CCIE, et notamment à Cyril Comte qui a été à l’initiative de ce projet.

D’ailleurs, si vous le permettez, je souhaite m’arrêter un instant sur cette initiative qui mérite d’être soulignée, tellement elle s’apparente non pas, comme on pourrait le croire, à une simple campagne de communication, mais à une vraie action de mécénat : c’est-à-dire la volonté pour une entreprise de financer un projet artistique et culturel dans lequel l’artiste reste totalement libre de ses choix et ne subit aucune orientation particulière.

C’est grâce à cette action de mécénat que j’ai pu totalement m’approprier ce projet, qui s’est naturellement inscrit dans la continuité du travail que j’ai entrepris depuis de longues années à la Martinique.

Au fil du temps, ce projet est ainsi devenu un véritable partenariat entre Toyota, sa clientèle (c’est-à-dire ceux qui participent à la réputation de la marque) et mes photographies.

Je souhaite et j’espère que cette exposition, par sa nature artistique, sociologique et culturelle puisse dépasser les frontières de notre île et qu’elle contribue à une meilleure connaissance de nos spécificités, et à faire valoir toute la richesse de nos sociétés créoles.”

samedi 15 mars 2008

Toyota : un (autre) visage de la Martinique

À l’occasion du 35e anniversaire de Toyota à la Martinique, et du 70e anniversaire de la création de Toyota au Japon, le CCIE m'a confié un projet photographique ambitieux. Son propos artistique est de capturer, à travers le portrait des clients de la marque, les ressorts de l’enracinement de Toyota à la Martinique.

Ce projet, qui est avant tout un hommage aux clients de Toyota, a d'abord fait l'objet d'une grande campagne d'affichage en 4x3 dans toute la Martinique (voir ici).

Il va ensuite se décliner à partir du 3 avril 2008 en une exposition de 40 portraits photographiques, organisée au sein de l’entreprise CCIE, à la Zone des Mangles au Lamentin.

Je laisse la parole à Cyril Comte (Président du CCIE), qui parle ainsi de ce projet :
“Depuis longtemps au sein de l’entreprise CCIE, nous étions conscients de la relation particulière développée par les Martiniquais avec la marque Toyota — que nous avons commencé à distribuer en 1973. Nous n’avions cependant jamais réussi à exprimer la particularité de ce lien.

Finalement, le travail de Jean-Luc de Laguarigue nous a un jour frappé comme une évidence : grâce à la liberté de son regard d’artiste, guidé par notre ancien chef des ventes Thélus Thégat, nous avions soudain l'espoir de capturer ce lien dans la diversité de son expression et dans le kaléidoscope de nos clients…

Le résultat a aujourd'hui largement dépassé nos espérances ! L’adéquation entre la démarche du photographe et son sujet permet de restituer de façon unique sa vision de l’identité de la Martinique à travers la diversité de ses composantes.”


Article paru dans France Antilles le 28 février 2008…


… et affiche 4x3 réalisée à partir du portrait de Françoise Baillard.

samedi 1 mars 2008

Il faut sauver l'IRAV !

Je soutiens totalement l'initiative de Patrick Chamoiseau dont je relaie ici la lettre ouverte au Président du Conseil Régional de la Martinique, concernant la situation catastrophique de l'Institut Régional d'Art Visuel de la Martinique (école créée par Aimé Césaire dans les années 80). Ce qu'il se passe est très grave et tous les martiniquais sont concernés. Mobilisons-nous !


La présence d’une école de l’Art dans un pays qui cherche à se construire est essentielle. Les lieux de l’Art sont ceux de la liberté, de la créativité libre, de l’audace conceptuelle, de l’insurrection des imaginaires. Ce sont donc des lieux de résistances — de celles qui dépassent les impossibles d’un réel et qui fournissent à notre futur sa plus sûre origine. Ce sont les lieux de la beauté, donc du renouvellement constant par lequel les hommes et les cultures fondent leur vision du monde et les projections qu'ils peuvent y déployer. Ces lieux sont essentiels à la prise en main de ce que nous voulons ou que nous saurons être. Dans une politique culturelle, les lieux de l’Art, et singulièrement celui de l’école, sont de l’ordre du vital.

C’est pourquoi on ne saurait l’abandonner à l'appétit d’un potentat dérisoire, dont la seule perspective est de s’assurer un pré-carré, voire un petit joujou, et d’invalider non seulement tout projet pédagogique mais la présence de celui ou de celle qui saurait le mettre en œuvre, à savoir d’un directeur, responsable devant le Conseil d’administration, mais disposant d’une pleine autonomie de gestion et de mise en œuvre.

L’Institut Régional d’Arts Visuels (IRAV) est en train de mourir dans une désorganisation insidieuse et une asphyxie insupportable. Les voix se taisent car la précarité des situations sous l’autoritarisme ambiant anesthésie bien des indignations.

Nous rendons hommage au plus considérable de nos plasticiens. En mettant sa santé, sa vie même en péril, il nous a fait la démonstration qu’une conscience d’artiste, qu’un rapport à la beauté, est toujours un rapport à l’exigence sans faille. Que c’est surtout une affaire de courage. M. Breleur n’a poursuivi aucun intérêt personnel. Son retrait de la vie enseignante est déjà programmé. Il a seulement eu le souci de ne pas laisser mourir un outil qu’il considère, et nous le considérons avec lui, indispensable à la vitalité de nos imaginaires, donc à notre futur.

C’est pourquoi nous demandons de manière solennelle au Président du Conseil Régional :

• De remplacer l‘actuel président du Conseil d’administration de l’ IRAV par un conseiller régional sérieux et responsable ;

• D’inscrire, dans le marbre constitutionnel de cette école, le partage non négociable entre le politique et le pédagogique ;

• D’ouvrir ce Conseil d’administration à des personnalités impliquées dans la vie artistique et culturelle des Amériques, du monde, et de veiller à son véritable fonctionnement ;

• De nommer sans attendre, et sur la base d’un projet pédagogique accordé à notre souci de plénitude et de responsabilité collective, un directeur pédagogique disposant d’une pleine autonomie de conception, d’adaptation et de mise œuvre ;

• Enfin, d‘assurer financièrement à l’ IRAV les moyens d’un audit financier et d’une refondation.

Patrick Chamoiseau


mardi 19 février 2008

De Forlonge (suite)

… Au ciel ta chevelure qui se retire solennellement


Des pluies comme on n’en voit jamais plus des noix
Des feux Saint-Elme
Des soleils lamés des nuits murmurées
Des cathédrales aussi


Qui sont des carcasses de grands chevaux rongés
Que la mer a crachés de très loin
Mais que les gens continuent d’adorer


Des tas de choses oubliées


Des tas de choses rêvées
Tandis que nous deux Lointaine-ma-distraite
Nous deux


Dans le paysage nous entrons jamais fané
Plus forts que cent mille ruts.”

Texte : Aimé Césaire, De Forlonge (Corps perdus)

mercredi 13 février 2008

La magie de Cuba

Souvenirs de Cuba, où j'ai séjourné à plusieurs reprises pour les besoins de la réalisation d'un livre… C'était il y a quelques années. Les mots simples et magiques de Georges Brassens m'ont semblé les plus appropriés pour “illustrer” cette série de photos…

“Chères images aperçues


Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain


Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne


Des épisodes du chemin
Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie


A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre


Aux yeux qu'on n'a jamais revus…”


Texte : Georges Brassens (Les Passantes)
Photos réalisées dans la ville de Trinidad, Cuba


jeudi 7 février 2008

Han, le coupeur de cannes !

Sur un poème d'Aimé Césaire, “De Forlonge” ( in Corps perdu, éditions Fragrance, 1950), magnifique, complexe et secret, voici ma vision de la coupe de la canne, telle qu'elle se déroule dans les champs à la Martinique, aujourd'hui comme hier…


Il y a en face de moi un paysan extraordinaire
Ce que chante le paysan c’est une histoire
De coupeurs de cannes


Han le coupeur de cannes
Saisit la dame à grand cheveux
En trois morceaux la coupe


Ah le coupeur de cannes
La vierge point n’enterre
La coupe en morceaux
Les jette derrière
Ah le coupeur de cannes




Chante le paysan et vers un soir de coutelas s’avance
Sans colère



Les cheveux décoiffés de la dame aux grands cheveux
font des ruisseaux de lumière


Ainsi chante le paysan
Il y des tas de choses dont je ne sais pas le nom
Et que je voudrais te dire…