vendredi 18 avril 2014

Pour Gabriel Garcia Marquez


Frère
 
ton escorte la voici
 
cent grappes de goyaviers en fleurs
tout autant de goyaves : saveurs puissantes en parfums d’alizés
deux trois galions fantômes où des musiques se dansent
et quelques autres enracinés dans des forêts d’errances
 
grands bouts d’éternité dans le secret des mots
haute tension de l’image
bouleversement de la vision dans un temps circulaire
somptueuses saisies du monde
 
puissance !
 
ce que tu avais vu de la littérature nous incline encore
 
(ici, l’initiation, le commencement  et le recommencement
sont faits d’admiration)
 
ta Caraïbe avale toutes les Amériques
elle en connaît le lien
et ce qui chante ici et qui enchante
dans ces îles et ces rives
ces peuples créés
situations superbes et lieux inoubliables
nomment sur ton passage ce qui les a nommés
 
puissance
puissance
 
ne saurait disparaître l’insolitude solaire
 
17 04 2014 
 
 Patrick CHAMOISEAU



Un cycle de conférences sur la photographie

En présence d'André Rouillé.


L'opération est organisée par la DAC en partenariat avec Les Foudres HSE
Habitation Saint-Etienne, 97213 Gros-Morne—Martinique

Attention: places limitées— sur réservation— en appelant le 05 96 57 49 30

mardi 3 décembre 2013

Les Antilles sont un vivier de richesses individuelles

À l'occasion de la 1re BIAC (Biennale Internationale d’Art Contemporain) Martinique, j'ai accordé un entretien à Uprising Art, le partenaire média de cette édition qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014, et dont le thème est "De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels".




jeudi 7 novembre 2013

Une saison au Congo : le plus bel hommage à Césaire

Dans sa chronique "Le rendez-vous critique", Télérama utilise cette semaine un portrait de Aimé Césaire que j'ai réalisé en 1993, au lycée Schœlcher, à la Martinique.

© Jean-Luc de Laguarigue

Fabienne Pascaud, l'auteur de l'article, évoque l'homme en ces termes :  « C'est sur une scène, à travers Une saison au Congo aujourd'hui reprise au théâtre des Gémeaux à Sceaux [lien], qu'aura été rendu pour le centenaire de sa naissance le plus bel hommage au poète et dramaturge Aimé Césaire ».

Pour des impératifs de format et de mise en page, la photographie a été recadrée. À titre de comparaison, voici l'image originale telle que je la conserve :

© Jean-Luc de Laguarigue

— un exemple de la façon dont la presse utilise la photographie.

mardi 19 juin 2012

Le Bagne de Jean-Luc de Laguarigue



Bagne. Dans sa formulation épurée, le titre sans fioritures ni légendes du nouveau livre du photographe Jean-Luc de Laguarigue annonce la couleur : comment rendre visible l’univers pénitentiaire de Guyane dans son irregardable présence ? Le bagne est de naissance écarté des regards par la distance qui le sépare de son centre métropolitain. L’administration pénitentiaire qui condamne le bagnard aux travaux forcés lui inflige encore et surtout une peine d’invisibilité. Il s’agit bel et bien de faire disparaître de l’espace social tout corps jugé étranger. Tel fut bien le sort du capitaine Dreyfus.

Chose remarquable et trop peu remarquée, la France ouvre le bagne en Guyane en 1850, deux après y avoir aboli l’esclavage ainsi qu’en Martinique et en Guadeloupe, comme si une chaîne reliait, dans la logique politique, les ferrements du noir et les fers du forçat. C’est cette chaîne terrifiante de rationalité qui court du cachot d’esclave au bagne que suit le photographe.

A l’invisibilité juridique est venue s’ajouter celle causée par le temps qui a effacé le bagne non en le sortant du champ du visible mais en le recouvrant sous un cortège de légendes, celle de Papillon en tête. A partir du moment où  les clichés se sont emparés du bagne, on n’a plus vu qu’eux.

Enfin, l’horreur elle-même de ce lieu de damnation met le comble à son irregardable vérité.

On voit la nécessité et l’urgence pour le photographe de prendre en charge le bagne, s’il est vrai que l’art ne tourne pas le dos à son impossible mais s’y accomplit en même temps qu’il s’y défait. Voilà donc le problème photographique à l’origine de ce travail : comment amener au regard non seulement l’irregardé du bagne mais son irregardable même ?

Le photographe pousse son objectif à l’intérieur de l’espace pénitentiaire : « on se croirait soudain dans les flancs d’un navire éventré », écrit Patrick Chamoiseau dans le texte qui accompagne les photographies. La profondeur de champ n’ouvre pas la moindre perspective mais confine l’espace jusqu’à l’irrespirable. Même perdue dans l’immensité de la forêt équatoriale, la geôle n’a ni ouvertures ni marges, asphyxiée qu’elle est par une végétation-mirador. Les plans larges ne viennent pas aérer les plans rapprochés mais au contraire les étouffer. C’est sans issue : le bagne a figé l’étendue de la Guyane dans une insularité pénitentiaire.

Les photographies appareillent aussi le noir et blanc et la couleur comme le passé immédiat et le passé retrouvé. C’est un peu comme si les photos en couleur aggravaient de leur voix off l’immédiate âpreté des photos en noir et blanc. Mais le mouvement interne qui travaille la couleur ne vient pas animer le noir et blanc par contraste ou tension. La couleur fonctionne plutôt ici comme saturateur de temps : par son dynamisme propre elle fige ce bagne, désormais pris dans son étrange beauté.

 Guillaume Pigeard de Gurbert


Jean-Luc de Laguarigue, Bagne, suivi de Traces-mémoires du bagne de Patrick Chamoiseau,
éditions Gang, 39 euros.


lundi 7 mai 2012

De mémoire de bagnes Guyanais

Dans sa rubrique "Le Mag Lire" Libération  (N°du 5 et 6 mai), a publié un article sur le livre BAGNE AP  paru aux éditions GANG.






jeudi 26 avril 2012

Le commandant de la "Calypso" s'est éteint à Marseille


POUR SALUER ALBERT FALCO

 
Je t'ai connu en te reconnaissant,
étranges rencontres qui se voient précédées par mille ans d'amitié,
mille ans qui font
que celui que l'on voit pour la toute première fois
surgit de ce que nous avons de plus intime
et de mieux fraternel.


Falco,

Je ne suis pas un homme de la mer,
mais je sais entendre la rumeur des abysses
et je connais les forces de l'océan,

et donc frère,
il y a des algues et des étoiles qui cheminent avec toi,
et des éponges qui tissent des songes avec tes amitiés et tes fidélités,


et j'ai la certitude
que ton nom reste tissé à ce corail qui est un grand bateau
et dont l'âme reste un voyage de long sel et d'azur.


Il faut tellement de vagues pour un souvenir de toi !
Et tellement d'océans pour signifier ce que as laissé
que tu nous as laissé…

J'ai des souvenirs
de force
et de simplicité
je vois encore de l'énergie tranquille
la densité très disponible
et cette passion que seul habite l'oiseau des grandes tempêtes
et l'ombre des naufrages immobiles.

Frère,
de pleine humanité

dans cette ultime plongée
dans cette plongée sans fin

c'est le ciel tout entier que tu inclines au clair profond des océans.

Patrick CHAMOISEAU
Quai de Saint-Pierre, le 26 04 2012