vendredi 4 décembre 2015

Mémoire-miroir d'enfance / 4



La plage de l’Anse Cafard était plus grande, plus étendue, plus nue aussi. Plus loin vers le bourg, elle était encore ornée des gommiers posés sur leurs rondins de bois que les pêcheurs roulaient jusqu’à la vague. La mise à l’eau était toujours un moment d’émotion et de joie.À leur retour, la langouste — coupeuse de filets — était offerte pour un peu de poissons acheté.

J’ai aimé le petit matin quand la lumière sur la mer tissait ses fils d’argent, la vague qui meurt et vous roule sur la grève, le sable mouillé en pâté dans la main ruisselante et les jeux pour un temps infini.

J’ai aimé la nuit, le bruit des rouleaux et la douceur du vent.
Par les soirées de pleine lune, les feuilles des grands résiniers projetaient sur la terre des ombres incertaines et vite tourner la tête quand, d’un léger mouvement sur le sol, la peur montait.


© Jean-Luc de Laguarigue, Mémoire d'enfance
 
 Et pour mon frère :
"À l’époque, une femme jeune comme Maman, avec des enfants en bas âge, pouvait rester toute seule dans un endroit isolé comme le Diamant, sans que ça ne pose de problème. De plus Les pêcheurs nous ravitaillaient à domicile. Ce n’est pas le chien Charley, le cocker que m’avait donné Maurice, qui nous aurait protégés. On ne pouvait pas courir sans qu’il essaie de nous mordre, bien sûr, c’était pour jouer, mais quand on est gamin, c’est stressant. 
 
Je crois que Papa ne montait que le week-end, je me souviens qu’on allait à sa rencontre sur la route avec Maman, ça pouvait nous arriver de marcher assez loin. Parfois, il ramenait un journal Tintin, c’était alors un vrai bonheur.
 
Un jour, il est arrivé complètement affolé, il fallait repartir tout de suite parce qu’un cyclone était annoncé. J’ai dû suivre le mouvement la mort dans l’âme, j’étais sûr qu’il ne se passerait rien du tout. Maintenant, je ne me souviens pas du tout de ce qui s’est passé réellement.
 
Sur la plage de l’Anse Cafard, il y avait les restes d’une vieille chaudière à moitié enfouie sous le sable, elle provenait sans doute d’un bateau qui avait coulé anciennement.
On jouait souvent autour de sa superstructure, mais au fil des ans, cette chaudière s’est enfoncée tout doucement jusqu’à disparaître complètement sous la plage et nous l’avions oublié. Et puis le cyclone Allen de 1980 l’a exhumé en partie, en retrouvant ses morceaux de ferraille délaissés, une bouffée de souvenirs m’est revenue d’un seul coup, c’était très étrange.

Aussi sauvage que le zagayak qui zigzague pour regagner son trou et se cacher, la chaudière a très rapidement disparu, dérisoire, immémorée et perdue."

dimanche 25 octobre 2015

Mémoire-miroir d'enfance / 3

Le jet d'eau ne fonctionnait que de temps à autre. Le mettre en marche, quand la saison le permettait, faisait de l'apparition soudaine de cette pluie artificielle en saccade et en cascade, de sa puissance, de sa fraîcheur, mais aussi de son éclat et de sa musique dès qu'elle frappait les éléments de zinc, un enchantement.

Le petit bassin rempli devenait alors l'aire de nos improvisations. C'est la rivière qui, par un système de pompe, l'alimentait. Dans cette fontaine à jeux, le peu d'entretien de la cuvette en ciment, le mélange d'humus et de terre laissaient souvent sur la peau quelques marques rouges... ou bien était-ce la rencontre fortuite avec un insecte ? La douche était obligatoire après le barbotage.

Plus loin, adossés à la maison principale et faisant un angle avec celle-ci, des bâtiments abandonnés flanquaient une petite allée de pierres rouges et noires. Ces ruines constituaient un monde de mystère et d’épouvante pour les enfants que nous étions.

Dans la petite cour intérieure fermée par des grilles, je jouais avec mon lapin. Je ne sais plus s'il a jamais été nommé. Je me souviens de ses coups de pattes sur mes jambes quand j'essayais de l’attraper par les oreilles. Je me souviens aussi de l'herbe de la pelouse qui me piquait les pieds.


                                                                    
Mémoire d'enfance N°3. © Jean-Luc de Laguarigue

jeudi 15 octobre 2015

Mémoire d'enfance 2


"...J'avais oublié les arceaux autour des fleurs bleues. Sur la droite, derrière le cocotier, c'était un prunier mombin. J'avais oublié aussi l'Indien sur ma cravate. Je ne retrouve plus cette cravate, je me demande bien ou maman l'a rangée... Et ma timbale d'argent ! "


© Jean-Luc de Laguarigue. Miroir d'enfance.


mardi 6 octobre 2015

Lettre à Suzanne...

"Lettre à Suzanne"... Trois artistes, trois femmes (Agnès Brézéphin, Rapaëlle Hayot, Sophie Jean-Paul), créent une œuvre imaginaire en résonance avec l'engagement sociale et poétique de Suzanne Césaire.
A voir à l'Atrium Tropiques—Martinique.

Communiqué de presse. Lettre à Suzanne

jeudi 24 septembre 2015

Mes illusions donnent sur la cour

..."Dans mes frusques couleur de muraille
Je joue les épouvantails
Mais nom de Dieu dans mon âme
Brûlait pourtant cette flamme
Où s'éclairaient mes amours
Et mes brèves fiançailles
Comme autant de feux de paille
Aujour'hui je fais mon chemin solitaire
Toutes mes ambitions se sont faites la paire
J'me suis laissé envahir par les orties
Par les ronces de cette chienne de vie
Mes illusions donnent sur la cour
Mais dans les troquets du faubourg
J'ai des ardoises de rêveries"...  (Serge Gainsbourg)

© jean-luc de laguarigue