À l'occasion de la 1re BIAC (Biennale Internationale d’Art Contemporain) Martinique, j'ai accordé un entretien à Uprising Art, le partenaire média de cette édition qui se tient du 22 novembre 2013 au 15 janvier 2014, et dont le thème est "De la Résonance du Cri Littéraire dans les Arts Visuels".
mardi 3 décembre 2013
jeudi 7 novembre 2013
Une saison au Congo : le plus bel hommage à Césaire
Dans sa chronique "Le rendez-vous critique", Télérama utilise cette semaine un portrait de Aimé Césaire que j'ai réalisé en 1993, au lycée Schœlcher, à la Martinique.
Fabienne Pascaud, l'auteur de l'article, évoque l'homme en ces termes : « C'est sur une scène, à travers Une saison au Congo aujourd'hui reprise au théâtre des Gémeaux à Sceaux [lien], qu'aura été rendu pour le centenaire de sa naissance le plus bel hommage au poète et dramaturge Aimé Césaire ».
Pour des impératifs de format et de mise en page, la photographie a été recadrée. À titre de comparaison, voici l'image originale telle que je la conserve :
— un exemple de la façon dont la presse utilise la photographie.
![]() |
| © Jean-Luc de Laguarigue |
Fabienne Pascaud, l'auteur de l'article, évoque l'homme en ces termes : « C'est sur une scène, à travers Une saison au Congo aujourd'hui reprise au théâtre des Gémeaux à Sceaux [lien], qu'aura été rendu pour le centenaire de sa naissance le plus bel hommage au poète et dramaturge Aimé Césaire ».
Pour des impératifs de format et de mise en page, la photographie a été recadrée. À titre de comparaison, voici l'image originale telle que je la conserve :
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| © Jean-Luc de Laguarigue |
— un exemple de la façon dont la presse utilise la photographie.
mardi 19 juin 2012
Le Bagne de Jean-Luc de Laguarigue
Chose remarquable et trop peu remarquée, la France ouvre le bagne en Guyane en 1850, deux après y avoir aboli l’esclavage ainsi qu’en Martinique et en Guadeloupe, comme si une chaîne reliait, dans la logique politique, les ferrements du noir et les fers du forçat. C’est cette chaîne terrifiante de rationalité qui court du cachot d’esclave au bagne que suit le photographe.
A l’invisibilité juridique est venue s’ajouter celle causée par le temps qui a effacé le bagne non en le sortant du champ du visible mais en le recouvrant sous un cortège de légendes, celle de Papillon en tête. A partir du moment où les clichés se sont emparés du bagne, on n’a plus vu qu’eux.
Enfin, l’horreur elle-même de ce lieu de damnation met le comble à son irregardable vérité.
On voit la nécessité et l’urgence pour le photographe de prendre en charge le bagne, s’il est vrai que l’art ne tourne pas le dos à son impossible mais s’y accomplit en même temps qu’il s’y défait. Voilà donc le problème photographique à l’origine de ce travail : comment amener au regard non seulement l’irregardé du bagne mais son irregardable même ?
Le photographe pousse son objectif à l’intérieur de l’espace pénitentiaire : « on se croirait soudain dans les flancs d’un navire éventré », écrit Patrick Chamoiseau dans le texte qui accompagne les photographies. La profondeur de champ n’ouvre pas la moindre perspective mais confine l’espace jusqu’à l’irrespirable. Même perdue dans l’immensité de la forêt équatoriale, la geôle n’a ni ouvertures ni marges, asphyxiée qu’elle est par une végétation-mirador. Les plans larges ne viennent pas aérer les plans rapprochés mais au contraire les étouffer. C’est sans issue : le bagne a figé l’étendue de la Guyane dans une insularité pénitentiaire.
Les photographies appareillent aussi le noir et blanc et la couleur comme le passé immédiat et le passé retrouvé. C’est un peu comme si les photos en couleur aggravaient de leur voix off l’immédiate âpreté des photos en noir et blanc. Mais le mouvement interne qui travaille la couleur ne vient pas animer le noir et blanc par contraste ou tension. La couleur fonctionne plutôt ici comme saturateur de temps : par son dynamisme propre elle fige ce bagne, désormais pris dans son étrange beauté.
Guillaume Pigeard de Gurbert
éditions Gang, 39 euros.
lundi 7 mai 2012
De mémoire de bagnes Guyanais
Dans sa rubrique "Le Mag Lire", Libération (N°du 5 et 6 mai), a publié un article sur le livre BAGNE AP paru aux éditions GANG.
jeudi 26 avril 2012
Le commandant de la "Calypso" s'est éteint à Marseille
POUR SALUER ALBERT FALCO
Je t'ai connu en te reconnaissant,
étranges rencontres qui se voient précédées par mille ans d'amitié,
mille ans qui font
que celui que l'on voit pour la toute première fois
surgit de ce que nous avons de plus intime
et de mieux fraternel.
Falco,
Je t'ai connu en te reconnaissant,
étranges rencontres qui se voient précédées par mille ans d'amitié,
mille ans qui font
que celui que l'on voit pour la toute première fois
surgit de ce que nous avons de plus intime
et de mieux fraternel.
Falco,
Je ne suis pas un homme de la mer,
mais je sais entendre la rumeur des abysses
et je connais les forces de l'océan,
et donc frère,
il y a des algues et des étoiles qui cheminent avec toi,
et des éponges qui tissent des songes avec tes amitiés et tes fidélités,
et j'ai la certitude
que ton nom reste tissé à ce corail qui est un grand bateau
et dont l'âme reste un voyage de long sel et d'azur.
Il faut tellement de vagues pour un souvenir de toi !
Et tellement d'océans pour signifier ce que as laissé
que tu nous as laissé…
J'ai des souvenirs
de force
et de simplicité
je vois encore de l'énergie tranquille
la densité très disponible
et cette passion que seul habite l'oiseau des grandes tempêtes
et l'ombre des naufrages immobiles.
Frère,
de pleine humanité
dans cette ultime plongée
dans cette plongée sans fin
c'est le ciel tout entier que tu inclines au clair profond des océans.
Patrick CHAMOISEAU
Quai de Saint-Pierre, le 26 04 2012
jeudi 15 mars 2012
Bagne de Guyane : peut-il y avoir une esthétique du bagne ?
De même que pour les portraits, j'ai toujours privilégié l'utilisation de la lumière intérieure de faible intensité. Pour moi, ce sont les plus beaux moments. En effet dans ces situations-là, la lumière douce souligne la richesse des détails, épouse le sujet dans sa totalité et lui fait comme une peau.
Curieusement alors, elle ne semble plus venir de l'extérieur, comme un ajout, mais elle émane et irradie du sujet lui-même, qui prend corps et vie. L'observation, la préparation et le temps de pose — généralement long — font de ce moment l'expression d'un état tout aussi intérieur qui, paradoxalement, me conduisent à une forme d'oubli de soi et de plénitude.

Si, généralement, une photographie doit se suffire à elle-même, il me paraît parfois nécessaire et judicieux de "l'appareiller". Elle répond ainsi à une autre image dans un système homogène, bien que contradictoire. La perspective n'étant plus respectée, l'œil se cherche dans ce qu'il perçoit de commun et que l'esprit lui dicte pourtant comme "une apparence inexacte".

En créant un va-et-vient entre les images, ce nouvel "espace photographique" devient une "matrice du temps" et la mémoire, me semble-t-il, s'impose à la situation révélée. Certes, l'œil guide le photographe (ou celui qui découvre la photographie) mais chacun voit tout autant avec son propre imaginaire, avec les images mentales de son cerveau — celles qu'il a inconsciemment enregistrées.
En errance dans ces vestiges du bagne, je portais en moi (sans chercher à me l'expliquer) les images de "Mort à Venise" de Visconti lorsqu'Aschenbach découvre dans ses cauchemars la ville suintante et balafrée de chaux sur laquelle pèse la menace de l'épidémie de choléra... La beauté confrontée à l'impossible de la création, et à la mort.
=> Photos extraites du livre "Bagne" (Jean-Luc de Laguarigue/Patrick Chamoiseau, éd. Gang 2011)
Curieusement alors, elle ne semble plus venir de l'extérieur, comme un ajout, mais elle émane et irradie du sujet lui-même, qui prend corps et vie. L'observation, la préparation et le temps de pose — généralement long — font de ce moment l'expression d'un état tout aussi intérieur qui, paradoxalement, me conduisent à une forme d'oubli de soi et de plénitude.

Si, généralement, une photographie doit se suffire à elle-même, il me paraît parfois nécessaire et judicieux de "l'appareiller". Elle répond ainsi à une autre image dans un système homogène, bien que contradictoire. La perspective n'étant plus respectée, l'œil se cherche dans ce qu'il perçoit de commun et que l'esprit lui dicte pourtant comme "une apparence inexacte".

En créant un va-et-vient entre les images, ce nouvel "espace photographique" devient une "matrice du temps" et la mémoire, me semble-t-il, s'impose à la situation révélée. Certes, l'œil guide le photographe (ou celui qui découvre la photographie) mais chacun voit tout autant avec son propre imaginaire, avec les images mentales de son cerveau — celles qu'il a inconsciemment enregistrées.
En errance dans ces vestiges du bagne, je portais en moi (sans chercher à me l'expliquer) les images de "Mort à Venise" de Visconti lorsqu'Aschenbach découvre dans ses cauchemars la ville suintante et balafrée de chaux sur laquelle pèse la menace de l'épidémie de choléra... La beauté confrontée à l'impossible de la création, et à la mort.
=> Photos extraites du livre "Bagne" (Jean-Luc de Laguarigue/Patrick Chamoiseau, éd. Gang 2011)
lundi 12 mars 2012
Glissant-Monde
Édouard Glissant a marqué de son empreinte la deuxième moitié du siècle en pensant la complexité du monde contemporain en terme de Relation.Il rêvait d'un monde régi par une pensée archipélique qui "en emprunte l'ambigu, le fragile, le dérivé", voire le détour. Glissant a pensé notre monde en poète. Ce qu'il appelait "l'intraitable beauté du monde".
Dans son dernier numéro, la revue Africultures lui rend hommage.
Pour commander Africultures N°87, c'est ici
ISBN : 978-2-296-54685-1 • mars 2012 • 168 pages
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